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TEMOIGNAGE DE HORST FUSSHÖLLER
- Rheinallee 50 - D. 56154  BOPPARD
 (ancien prisonnier de guerre du camp 1102 Rennais)

1946- Les premières évasions. Hendaye

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Horst Fusshöller PGA

Ed:04/06/12

Extraits du livre "Errinnern ohne Groll" de Horst Fusshöller "(Sans ressentiment)

 

Comment nous fûmes faits prisonniers| La première nuit de captivité | St Pierre de Trèves | Stenay | Le camp de Rennes | Le camp"kaiser" | Le troc | Offre d'emploi | Les corvées | Détachement au magasin de ravitaillement |Les punitions | La faim | La fin de la guerre | Le camp sous administration française | Matricule 548269 | "La ration famine" | L'aide de la Croix rouge Internationale | Polo | Son passage dans un commando de déminage à Hourtin  | 1946 | Socoa | Hourtin-Plage | St-Perdon|

 

( Traduction Hubert Dekkers Mai 2012)

1946  (page 118 à 120)

Bien sûr on ne travaillait pas le jour du Nouvel An ; c’était un jour férié pour nos gardiens. Nous commencions ce jour  la préparation d’un match amical entre les camps «  Polo » et « Golf » .

Quelque part il y avait aussi un ballon .On peut dire que dans les camps de prisonniers les programmes Loisirs et Instruction commençaient à se mettre en place doucement.

Le match de foot contre le camp « Polo » avait lieu le 14 janvier, et notre équipe perdait 2 contre 22

 Le mois de janvier m’apportait 5 lettres et 3 petits paquets de chez moi ; il s’agit des vœux de Noël de Maman, de la tante Henni et de la bonne Anna, notre aide pour tout.

Le 8 de ce mois une partie de notre camp était transférée vers Hendaye, à la frontière française 30 km au sud de chez nous .Il fallait déminer des terrains , et nous devions aller vers là-bas dans un bref délai. 

Janvier n’apportait ni pour moi, ni pour les autres camarades un vrai changement, mais les chauds et froids sans arrêt entre espoir de retour et déception commençaient à laisser des traces.

Lundi 14 janvier, pour la première fois un camarade manquait à l’appel du matin. Cet évènement  a encouragé Hans Booth, à préparer  son évasion.

Ainsi il est venu me voir un jour avec une carte déchirée et me priait de lui en faire deux copies. Donc j’étais au courant de son projet. 

On s’approchait du jeudi 24 janvier, et ce jour- là manquaient à l’appel Hans et 2 autres camarades. 

Cela a causé  toute une histoire avec pour effet, que le vendredi  25,  personne n’a eu l’autorisation d’aller travailler. Il s’annonçait une commission  d’investigation, et nous n’étions pas seulement visités suivant les règles de l’art, mais on démontait aussi notre gîte entièrement à la recherche de moindre indice, qu’on ne trouvait pas !

Les trois restèrent disparus et sont certainement arrivés en Espagne ce qui les sauvait.

Ce n’est que quelques jours après que nous apprenions avec quel sang froid Hans jouait son rôle de guide et d'organisateur.

On découvrait que les trois avaient bel et bien attendu dans le grenier d’une maison avoisinante la fin de l’animation et s’étaient d’abord  bien reposés en goûtant les conserves et boissons stockées. 

J’ai essayé de le retrouver des années plus tard dans la région de Coblence dont il était originaire, mais en vain .Ainsi j’avais perdu pour toujours un bon ami.

 Dimanche le 27 nous étions bien obligés de ranger et de réinstaller notre gîte, en profitant pour faire un grand ménage.

Ainsi il se présentait l’occasion d’acquérir un peu de marchandises: produit de cirage, dentifrice etc. . Le plus important pour moi était un cahier simple carré .Mais le papier d’emballage pour les boîtes me servait pour protéger mon journal intime.

A part ça il est à signaler que mercredi le 23 (janvier) nous étions vaccinés contre le typhus et que nous recevions les 29 et 30 (janvier) un don généreux de la part de la Croix Rouge Internationale.

Il y avait des biscuits, du sucre, chocolat, nougat, cacao, fruits confits, des bonbons et du tabac. 

Le mois de février m’apportait de nouveau 5 lettres de la maison, et le 2 et 9 février il y avait de nouveau des vaccinations contre le typhus.

Le 2 de ce mois il y avait en plus une petite distraction dans notre existence de prisonniers.Un groupe musical  du camp principal était venu nous voir pour nous animer avec un pot-pourri de musiques.

 J’ai vécu un événement très douloureux le mercredi matin 20 février. Je travaillais toujours à la villa Rosillo, vers laquelle j’étais transporté chaque jour .

Depuis des semaines j’adorais entretenir le jardin côté rue, puisque 2 jeunes filles qui passaient par là pour aller travailler, me glissaient régulièrement quelque chose par la clôture .Du pain ou des fruits, toujours des produits alimentaires. Je suppose, qu’on était observé de la maison, car un jour, comme les deux jeunes filles me passaient du pain par dessus la haie, 3 à 4 hommes cachés derrière la maison,  se précipitaient sur les jeunes filles pour les arrêter. J’ai vu qu’elles étaient emmenées, je ne sais pas vers où.

Personne n’a dit  mot sur cette affaire. 

En route pour l’Espagne en novembre 1952 en voyage de noces, j’ai rendu visite au bureau de la Gendarmerie à Bayonne et je me suis renseigné pour savoir si le jour du 20 février 1946 quelque chose était noté . Sans résultat

(voir 116).

Une deuxième tentative en 1963 fut aussi infructueuse.

Qu’est ce que j’aurais donné pour savoir qui étaient les deux jeunes filles, qui avaient  peut-être même été emprisonnées pour moi !?! 

On s’approchait du vendredi 1er mars, mon dernier jour de travail à la villa Rosillo.

Encore deux jours et notre camp « Golf » à Anglet près de Biarritz sera dissout.

Le samedi le 2 mars un orage et une forte tempête de neige, comme un coup de cymbale nous accompagnait  pour remballer et dire adieu à ce camp, dans lequel  nous avions retrouvé, grâce à un chef humain, le sentiment, de faire partie encore de la classe humaine. 

Lundi 4 mars était le grand jour. Nous étions transportés vers le sud, mais pas là où notre avant-garde trouvait refuge. Nous étions de nouveau séparés de nos camarades, et arrivaient à Socoa au lieu de Hendaye.


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( Traduction Hubert Dekkers  Mai 2012)