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TEMOIGNAGE DE HORST FUSSHÖLLER
- Rheinallee 50 - D. 56154  BOPPARD
 (ancien prisonnier de guerre du camp 1102 Rennais)

Saint-Barbe

Page 8

Horst Fusshöller PGA

Ed:04/06/12

Extraits du livre "Errinnern ohne Groll" de Horst Fusshöller "(Sans ressentiment)

 

Comment nous fûmes faits prisonniers| La première nuit de captivité | St Pierre de Trèves | Stenay | Le camp de Rennes | Le camp"kaiser" | Le troc | Offre d'emploi | Les corvées | Détachement au magasin de ravitaillement |Les punitions | La faim | La fin de la guerre | Le camp sous administration française | Matricule 548269 | "La ration famine" | L'aide de la Croix rouge Internationale | Polo  Son passage dans un commando de déminage à Hourtin  | 1946 | Socoa | Sainte-Barbe |

 

( Traduction Hubert Dekkers Mai 2012)

 

STE BARBE (Page 124 à 126)

  

Ce petit quartier de St-Jean-de-Luz  se situe partie nord de la ville sur une pointe de rocher. C’était de point de vue stratégique d’une importance spéciale  pour les Allemands sinon ils n’auraient pas construit ici une installation complète de bunkers. On survolait la Biscaye jusqu’à la frontière d’Espagne, pouvait voir le port en bas entièrement et le site était protégé d’une façon naturelle par la falaise qu’on ne pouvait pas conquérir du côté mer.

Bien sûr la vue de cette hauteur était exceptionnellement belle.

Les anciens bunkers encore intacts nous servaient d’abri.

Une partie d’entre nous ( de Parme II) y était déjà le lendemain , donc le mercredi 10 avril , et formait un petit groupe stationné là-bas.

Nous ne savions pas où nos camarades étaient partis .On disait qu’ils étaient remontés vers la Gironde (119).

Sur le plateau il y avait un grand terrain de golf ; c’était à nous d’y fouiller. C’est alors la première fois que nous sommes  intervenus en tant que démineurs.

Pour cela nous avions des détecteurs américains en forme d’assiette , comme les détecteurs en forme de banane qui étaient moins performants.

Les deux appareils annonçaient par un signal sonore quand du métal était détecté , mais pour des cas spéciaux nous avions des barres métalliques fines pour piquer .Il était nécessaire de les utiliser  dans les endroits où le sol était farci de bouts de métal , comme par exemple dans les gravats de la voie ferrée. 

Nous étions le dimanche14 avril, jour des Rameaux. Nous avions des borborygmes car comme toujours le ravitaillement n’était pas suffisant.De façon aventureuse je réussissais malgré tout, de descendre ce jour là jusqu’ à la côte . Ici les pierres de la falaise se trouvaient si ras de la surface qu’à chaque marée elles se trouvent soit au-dessus soit au-dessous de l’eau.

Et ici je trouvais de quoi manger en complément.

Il s’agissait de mollusques, de petits coquillages vivants muqueux  mi escargot mi moule , qui pouvaient vivre au dessus ou au dessous l’eau .Il fallait les récolter maintenant .J’avais apporté pour cela une barre de fer, et à  marée basse je commençais le ramassage .Un petit coup sous la coquille et elle se trouvait sur le dos et sans support du rocher pouvait être collectée.

Les Français les nommaient « cônes », suivant la forme de la coquille (ou chapeaux chinois NDT)

Je me souviens que j’en avais ramassé un petit sac avec plus de 60 pièces ; avec ça ma nourriture devait être améliorée.

Retour au campement, je préparais de l’eau chaude et y renversais les cônes.

Elles se détachaient de leur coquille, et je les consommais aussitôt.

Leur goût  n’était pas mal du tout.

J’avais ajouté à l’eau de cuisson quelques feuilles de laurier et un peu de sel , et le goût final était comparable avec celui des moules. 

Une expérience spéciale de ce jour de Rameaux fut pour moi le coucher du soleil.

De la hauteur de la falaise j’observais comment le disque de soleil rouge se couchait à l’horizon  lentement dans la mer .Une observation que je ne pourrais plus jamais oublier.

Le mois m’apporte 2 lettres de chez moi.

Pour là deuxième fois  nous passions les jours de Pâques en captivité.

Rien de spécial à signaler excepté que le jour de Pâques nous avons monté une soirée musicale  dans le camp.

En ce qui me concerne, un autre événement s’est produit. Le lundi 29 j’étais en train de fouiller systématiquement le terrain de golf à la recherche de mines . Je tombais sur  ma première trouvaille : une mine de protection (« schützmine ») encore posée par  la Wehrmacht allemande , laquelle je pouvais sortir de la terre et désamorcer sans difficulté .

 Les informations se concentraient de plus en plus, que nous ne restions pas longtemps ici .Nous avions ainsi eu connaissance que des camarades du camp d’Hendaye étaient transférés le 30 avril vers la Gironde.

Le mois de mai n’était pas loin .Il m’apportait 3 lettres de ma mère.

Il est noté en marge, que nous ne travaillions pas le 1er mai,  journée de travail.

Egalement en marge nous constatons le vendredi 3 mai  que l’eau commençait à goutter dans nos cabines lors des pluies battantes , laissant supposer que les plafonds des bunkers n’étaient pas forcement étanches ( 120).

Arrivait  le vendredi 17 mai , jour annonçant dans le camp que le déminage dans les « Basses Pyrénées »  était maintenant terminé.

Nous étions transportés vers Bayonne en direction d’une gare de chargement, et là les wagons  étaient prêts pour notre évacuation.

Cette fois-ci il s’agissait des wagons fermés, Dieu merci, ce qui avait des inconvénients et des avantages.

Il était plus difficile de faire ses besoins , et l’odeur dans le compartiment fermé le confirmait.

Mais nous étions au moins protégés contre les lancers de pierres et « l’arrosage par le haut ».

C’était l’après-midi  et on nous a distribué des vivres de route, ils devraient suffire  pour 2 jours.

Beaucoup entre nous avaient tellement faim qu’encore sur le quai ce ravitaillement était dévoré.

Une fois encore  le camarade Franz Kressierer était extrêmement affamé .

Même avant de monter il avait tout mangé , mais il s’était imaginé un ravitaillement spécial , lequel il dévorait , affamé comme toujours , pendant le voyage.

Il s’agissait d’environ 5 kilo de marc de café , transporté dans une boîte remplie à ras bord , avec lequel il arrivait à passer le cap jusqu’à notre nouvelle destination.

Notre voyage en train durait pas moins de 2 jours, du 21 au 23 mai, pour un trajet de quelques 120 kilomètres.

Nous recevons pour tache, en équipe avec beaucoup d’autres camps , d’enlever les centaines de milliers de mines , que la Wehrmacht avait posées sur le Mur de l’Atlantique, pendant la période d’occupation  pour  se protéger  contre une invasion près de l’embouchure  de la Gironde .

Ainsi nous arrivions le jeudi  23 mai à notre nouveau campement à « Hourtin plage ».


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( Traduction Hubert Dekkers  Mai 2012)