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TEMOIGNAGE DE HORST FUSSHÖLLER
- Rheinallee 50 - D. 56154  BOPPARD
 (ancien prisonnier de guerre du camp 1102 Rennais)

Polo le « dépôt 189 » Bayonne-Beyris .

Page 4

Horst Fusshöller PGA

Ed:24/12/15

Extraits du livre "Errinnern ohne Groll" de Horst Fusshöller "(Sans ressentiment)

 

Comment nous fûmes faits prisonniers| La première nuit de captivité | St Pierre de Trèves | Stenay | Le camp de Rennes | Le camp"kaiser" | Le troc | Offre d'emploi | Les corvées | Détachement au magasin de ravitaillement |Les punitions | La faim | La fin de la guerre | Le camp sous administration française | Matricule 548269 | "La ration famine" | L'aide de la Croix rouge Internationale | Polo | Son passage dans un commando de déminage à Hourtin  | 1946 | Socoa | Hourtin-Plage | St-Perdon|

Lien de l'association qui fait des recherches sur ce camp3stars.gif (159 octets)

Rapport de visite du secours Quaker de Toulouse du centre prisonniers de guerre de l'Axe 

Document PDF téléchargeable3stars.gif (159 octets)

Vidéo
 

 

( Traduction Hubert Dekkers Mai 2012)


(page 108).

… Ceci a duré encore jusque tard dans la nuit du mercredi 29 août, moment où notre train arrivait à destination. Le lieu s’appelait « La NEGRESSE » ; les portes du wagon étaient ouvertes de l’extérieur, et nous descendions sur le quai. Des ordres brefs, le strict minimum : « allez !vite ! », et la colonne se mettait en marche dans la nuit.
Nous avons marché pendant des heures.
Affaibli par la faim bon nombre d’entre nous laissait sur le bord de la route, la valise qu’il avait fabriquée avec un peu de bois ou d’autres bagages et ils se traînaient un peu soulagé pour la suite du trajet.
Chaque propriété un peu importante, devant laquelle nous passions, provoquait en nous l’espoir d‘un:
« peut être ici ? »
Est-ce qu’on sentait l’odeur de vin ?
Ou est-il question peut-être d’une grande ferme ?
Peut-être la conserverie de poissons de laquelle on parlait à Rennes ?
Les heures passent pour nous, titubants et trébuchants, jusqu’à l’arrivée finalement dans un grand campement.
Ici se trouvaient de grandes baraques, et nous étions une fois encore dispersés.
De nouveau il n’y avait rien à manger, mais nous étions d’abord satisfaits, après la fatigue de la nuit, de tomber dans un sommeil d’épuisement .
Le lendemain nous découvrions le lieu où nous avions atterris.
Il s’agissait du camp de travail BAYONNE-BEYRIS , nommé également camp de travail POLO , pas loin de la ville de Bayonne, en bordure de l’Adour.




POLO (Page 109)

 

 Le camp de Bayonne-Beyris (Horst Fusshöller est le 3ème en bas à partir de la gauche)



…ainsi s’appelait le camp , mais officiellement il portait la désignation de « Dépôt 189 » Bayonne-Beyris.
Minuit pile jeudi le 30 août nous y arrivions après une marche à pied très douloureuse.
Comme déjà signalé, beaucoup d’entre nous avaient abandonné au bord du chemin des affaires personnelles, puisque physiquement incapables, de traîner plus que leur propre poids.
Comme tous les camps celui-ci se trouvait éloigné d’une localité ou même des maisons individuelles habitées.
Nous étions arrivés au Pays Basque français, en zone « Basses Pyrénées », qui s’appelle aujourd’hui « Pyrénées Atlantiques », non loin de Bayonne et de la ville connue pour ses baignades Biarritz .
Le camp était constitué de baraques, et c’est ici que j’étais pour la première fois témoin du fait que des officiers étaient logés séparés des non gradés de la troupe.
Déjà répartis pendant la nuit d’arrivée dans diverses baraques, nous étions tellement épuisés que nous tombions dans un sommeil profond, et tout cela une fois de plus, sans avoir reçu à manger le moindre aliment.
Seulement après quelques heures de sommeil tous les nouveaux arrivants (sifflés pour sortir tôt le matin) devaient se mettre en rang dans le campement et à notre grande surprise avec tout ce que nous avions.
Il nous arriva alors une chose à laquelle personne ne s’attendait.
Nous étions « gefilzt » ( expression qui pour nous prisonniers signifiait « être fouillés , visités » ) , et tout ce qui semblait avoir une valeur était confisqué.
Mais d’abord chacun de nous devait déposer ses biens au sol devant lui.
Celui qui avait encore une montre : c’est ici qu’il la perdait ; mais aussi chaussures et vêtements en bon état. Et aussi savon, et éventuellement un billet de Deutschmark, tout changeait de propriétaire . A moi on m’a pris mon manteau , et je découvrais trop tard , que les deux caractères PG ( Prisonnier de Guerre) que j’avais écrits dessus avec du dentifrice avaient disparu.
Probablement avaient-ils été lavés, quand on avait passé notre wagon grand ouvert sous l’installation de remplissage d’eau des trains ; et ainsi mon manteau était devenu une proie sans tache.
Serrant des dents, mais sans le moindre moyen de défense, nous étions retournés dans nos baraques.
Et ce jour-là, de nouveau il n’y eut pas de ravitaillement.

(Page 110)


La nuit tombée, tout le camp devait se mettre en rangs.
Des centaines ou même des milliers de prisonniers de guerre fixaient impatiemment un grand écran, installé à l’air libre .On nous montre un film muet des camps de concentration allemands.
Nous étions tous choqués.
Nous n’avions aucune idée de tout ce qu’on a vu et nous concluions que tout cela ne promettait rien de bon pour nous.

Le samedi 1er septembre, nous étions l’un après l’autre interrogés.
Tout simple : celui qui se présentait volontaire pour le commando de détection des mines, recevait la promesse d’un meilleur ravitaillement et même un supplément de nourriture.
J’étais un parmi beaucoup d’autres, je n’avais jamais suivi une formation de pionnier, mais la motivation était la faim et la volonté de survie.
Aussi Karl Möhl , mon ami, était de la partie, et se présentait comme moi en qualité de « démineur volontaire » ( voir annexe 3-P ).
Mais ce n’est que le 11 septembre, que nous recevions, en plus du maigre ravitaillement , le supplément de ration.
Il consistait par jour en 6 grammes de matière grasse, 10 grammes de sucre, 50 grammes de pain , un quart de litre de vin rouge et un petit bout de fromage.
Un homme a besoin pour survivre en état de repos absolu 1680 calories.
Il faut imaginer, que ces 300 grammes de pain blanc par jour comme ravitaillement standard n’apportent que 750 calories.
Cette indemnité de risques représentait ainsi juste 350 calories.
Et si on compte pour la soupe du soir avec beaucoup de bienveillance 350 calories, on arrive à un total de ravitaillement de juste 1200 calories , toujours un tiers au dessous de besoins pour un homme , qui ne travaille pas et se repose entièrement ( suivant le calcul de Prof Dr Lucas , pages 62 à 86 de son livre « Livre de Santé »).

C’est le mercredi 19 septembre que nous étions regroupés pour la première fois en tant que « équipe de déminage », et que nous étions chargés sur des camions.
Nous étions transportés vers le terrain de Golf de Biarritz, ce qui se trouve au sud de l’embouchure de l’Adour et au nord de Biarritz, touchant le Golfe de Biscaye.
Nous traversions un petit endroit qui s’appelait ANGLET et vite après nous apercevions pour la première fois la plage et la mer.
Le chemin au bord de la mer nous menait vers le nord, en traversant le pinada de « Chiberta ».
Entre les arbres des villas magnifiques, précieuses se dressaient, construites pour une partie dans un style original.
On était là où résidaient les super riches.
C’est plus tard que nous apprenions que même un grand-duc avait sa villa dans la forêt de Chiberta .

(Page 111)


Finalement nous arrivions à destination et descendions du camion. Nous marchons dans le sable en direction d’un solide bunker, qui avait été construit par les troupes allemandes d’occupation et faisait partie de la ligne de défense « Atlantikwall ».
A cette époque il servait d’abri pour un autre groupe de démineurs et était pour nous poste de commandement.
Nous recevions la répartition des taches et constations que les nôtres n’avaient rien à voir ( Dieu merci) avec le déminage.
La totalité du terrain, il s’agissait du terrain de Golf et en plus de l’hippodrome de Biarritz ( en fait Anglet), se situait derrière les dunes de sable , avec au milieu deux étangs qui communiquaient entre eux par un petit canal sous terrain.
Ici sur le terrain on voyait des « MG*-Bunker », des réseaux de barbelés et pour une partie, des bunkers détruits par explosion .
Nous avions le devoir de dégager tout cela.

Le va et vient entre le campement POLO et le golf prenait beaucoup de temps tous les jours, et ainsi le lundi 1er octobre j’étais, avec quelques dizaines de mes camarades « démineurs » déplacé et j’arrivais dans un ancien OT-Lager, 114 ,( campement de l’Organisation Todd) dans la ville modeste d’ANGLET, par laquelle nous passions tous les jours en partant du campement du POLO .
Notre campement a reçu pour nom « Golf », sûrement aussi parce que tout près il y avait un petit hôtel à ce nom.
Notre refuge était une construction massive en forme de U. Il est certain que ce bâtiment était utilisé un moment par l’Organisation Todd comme dépôt de matériel.
Il se situait au milieu de la ville au bord de la route , entouré par des fils barbelés , à l’entrée un poste de garde pour nos gardes civils .
Le pire pour nous c’était de coucher parterre directement sur le béton.
Ce qui nous a obligés à aller à la recherche de solutions.
D’abord des cartons et journaux nous servaient comme isolants, jusqu’au moment où le chef de notre camp, un vrai basque qui porte le nom Pierre Hitce ( nous l’appelions Pierrot avec beaucoup de tendresse), nous distribuait de la paille comme sous-couche.
Mon ami Karl Möhl , qui vient de l’ hôtellerie, a réussi à être nommé chef de cuisine.

• MG bunker = Maschinengewehr bunker = bunker des mitrailleuses

(Page 112)


Ce qui lui donnait la possibilité, de me refiler, pendant mon déplacement sur le terrain du golf , de temps à autre dans la nuit sous la couverture en laine une carotte , parce que malgré le soi-disant ravitaillement supplémentaire nous avions grand faim.
Nous tous souffrions de poux et puces.
Un vrai camarade, Emil Binz originaire de « la Hesse », ingénieur de profession, a fabriqué à partir d’une cuisine roulante , qui traînait sur le terrain , un vieux coco , une installation de douche chaude.
Mais très vite le lavage de nos vieux pulls de la Wehrmacht n’appréciait guerre l’eau trop chaude : des problèmes de feutrage et surtout le rétrécissement nous empêchaient de porter les pulls.
Ainsi il nous restait la technique bien connue des prisonniers, mais moins efficace, d’écraser les poux dans les plis.
Ce qui était plus compliqué à faire avec les puces. Il fallait être agile, pour les attraper entre deux doigts mouillés. Les « victimes » étaient en suite broyées sans la moindre pitié ou noyées dans une boîte remplie d’eau.
Le dimanche 7 octobre était pour nous un événement spécial.  Pour la première fois il nous était autorisé d’aller sur la plage et nous baigner dans la Biscaye, (golfe de Gascogne) sous surveillance.
L’endroit était tout près de la haute falaise qui porte encore aujourd’hui le nom de « Chambre d’Amour ».
En haut de la falaise se trouvait ( et se trouve encore à ce jour) le phare de Biarritz, qui alertait les bateaux sur la mer pendant la nuit sur les conditions de mer souvent très dangereuses dans le golfe.

Le ravitaillement continue à être de mauvaise qualité, raison pour laquelle bon nombre cherche à trouver des suppléments .
Ainsi mon camarade, Hans Booth de la région de Coblence, qui avait fait l’expérience de l’ ancien détachement Wehrmachts-Strafkommando Bataillon 99 , avait analysé la situation et disait que ce n’était pas difficile. Il a vite trouvé le point faible de notre camp et aussi compris que nos gardes étaient eux-mêmes pauvres et affamés. Hans partait en quête la nuit.
Il savait bien où se trouvaient les villas des riches, et il se servait là d’une telle façon, qu’il n’a pas souffert de la faim pendant tout son séjour dans le camp GOLF .
Il lui arrivait de revenir avec des grands vins de Bordeaux, jusqu’aux délicatesses les plus extrêmes (un jour même des conserves de testicules bovins).
D’un dépôt de pièces détachées américain il faisait disparaître (Dieu sait comment et quand) un grand nombre de pneumatiques pour les vendre, disons au noir, aux Français .

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Je me souviens, qu’il avait même un fusil de chasse, pour lequel il a choisi (pour des raisons incompréhensibles pour nous) le faux plafond de la petite maison de garde de notre camp comme endroit le plus sûr !
Bien sûr je ne refusais pas quand il me passait quelque chose. Il s’est vanté d’être le grand protecteur du faible camarade Horst . Il aurait tué quiconque m’aurait fait du mal.
J’ai pu prendre ma revanche, un peu plus tard quand il disparut pour toujours du camp .
Il y avait aussi un certain Franklin Volk .
Il avait repeint à neuf la maison du chef de camp Pierrot, et lui a fait quelques tableaux respectables qui décorent encore à ce jour ses murs .
En échange, il avait un peu d’argent , du tabac ou des produits alimentaires .
Moi je ne pouvais pas offrir un de ces services aux autres.
Mais je pouvais vendre, puisque non-fumeur, ma ration de tabac ( nom du tabac : TROUPE ; nom des cigarettes : GAULOISES) à nos deux gardiens civils français .
Je me faisais apporter avec cet argent, le premier argent français, un dictionnaire de langue française « Larousse » , qui est depuis mon compagnon et guide de tous les jours.
Notre chef de camp avait lui-même un cœur d’or.
N’importe comment il arrangeait plusieurs fois la possibilité que 2 ou 3 d’entre nous soient déposés dans un couvent de femmes comme aides au travail. Ce couvent se trouvait tout près de notre camp, dans un grand parc/jardin. On ne nous donnait pas de travail, mais à manger .
Des dizaines d’années plus tard j’ai eu l’occasion d’y retourner pour dire un grand merci comme il se doit.

Le samedi 13 septembre me donnait une autre occasion pour combattre ma faim.
J’étais en plein travail sur le terrain de golf, quand le gardien français me mis une baïonnette dans la main et m’accompagnait vers le canal entre les deux étangs.
Je devrais ouvrir des huîtres pour lui; il y avait tellement que j’en récoltais pour lui mais également pour moi.
Il me montrait comment les manger, et c’est là que je les ai goutées pour la première fois et sur place.

(Page 114)


Dimanche 14 septembre. A noter: le Grand Nettoyage.
Le vendredi 19 octobre était pour nous tous de nouveau une journée spéciale.
A partir d’aujourd’hui il y eu pendant quelques jours une ration américaine: des gâteaux, du sucre, « hash » et graisse, mais aussi du savon.
Le plus important pour nous restait quand même l’insecticide.
Comme déjà dans le camp Stenay c’était le produit DDT.
C’était miraculeux, d’avoir à manger davantage et le plus important que nous soyons libérés de poux et puces à partir de ce jour et pour longtemps .

Le mois de novembre n’apportait rien de spécial , sauf les notices « anniversaire de Papa » le 11 novembre, « Jour de pénitence et prière » le 21 novembre.
Le vendredi le 23 novembre nous apportait un peu de distractions.
Nous sommes partis en camion en direction Soustons dans les Landes, pour chercher du bois .
Je me croyais en voyage surprise.

On voyait finalement un autre paysage et il n’avait aucune raison d’avoir peur d’être menacés en route Lorsque j’étais à Rennes et circulais en ville avec un copain sur le plateau d’un camion, j’ai reçu une fois une menace.Un soldat américain avait tiré son colt et ainsi évitait que nous, un camarade et moi, soyons tirés du camion pour être abattus immédiatement.

Dimanche le 2 décembre .Le 1er dimanche de l’ Avent et à notre grande surprise nous étions tous amenés pour faire une promenade par notre chef de camp Hitce.
Direction Phare , la phare de Biarritz , qui se trouvait au sommet d’ une falaise.
Il était intéressant de jeter un coup d’œil sur la fameuse ville de Biarritz. Mais beaucoup plus important restait pour nous, de ramasser des mégots sur notre chemin. Même celui qui n’était pas forcement un grand amateur de tabac, se baissait pour ramasser les mégots jetés.
Ils représentent quand même des objets d’échange.
Il y en avait toujours un qui avait besoin de tabac, qui se transformait vite, à l’aide d’un bout de papier journal, en cigarette.

(Page 115)


Lundi le 3 décembre. J’avais obligatoirement un bon ange gardien. Je devais enlever dans les dunes un vieux « MG-nest ». Je fis une grand erreur, au moment où je détruisais 2 murs en béton avec un coup de masse, le tout sans penser à la pression du sable qui glissait. Un des deux murs tombait et me couvrait, Dieu merci, j’étais assis dans un angle mort.
Après des appels au secours mes camarades me libéraient de cette situation difficile.

Mardi le 4 décembre m’a offert un nouvel emploi intéressant. Chaque jour un des gardiens me transportait le matin à Bayonne, pour m’engager « bon à tout faire » dans le parc du bureau de déminage qui était installé dans la villa Rosillo.
Une fois je donnais un coup de main au forgeron à son travail, une autre je construisais avec lui et un autre camarade un abri pour y mettre des camions ; mais avant tout j’étais responsable de l’entretien du parc.
Le tout représentait un grand terrain arboré, avec au milieu du parc une très belle maison de maître.
Le sentiment de liberté faisait beaucoup de bien, parce qu'à la place des barbelés c’était une clôture bien soignée en fer forgé avec un très beau porche à l’entrée.
Il y avait en plus quelque chose d’autre nouveau.
Afin d’économiser mes chaussures déjà bien usées j’avais reçu des sabots, des chaussures en bois, comme on les connaît aux Pays-Bas.
Avec des restes de tissus je m’étais fabriqué des protections pour mes pieds, que je portais dans les sabots à la place de chaussettes.
Ainsi je cliquetais avec mon vieux gardien, qui porte le béret basque traditionnel sur la tête et un vieux fusil sur l’épaule, 2 fois par jour des kilomètres de trajet vers Bayonne.
Très vite je m’étais habitué à la nouvelle façon d’être chaussé et appréciait la marche en sabots comme bienfaisante pour mes pieds.
Il y avait encore une chose qui valait le coup d’être signalée de notre camp « Golf ».
Le ravitaillement qui restait limité nous obligeait à être inventifs.
La distribution au plus juste de nos rations en pain débutait par la pesée de chaque soir.
Une balance fabriquée avec un bâton, un trou au milieu, et aux bouts deux nappes en papier mâché fixées à des cordes, garantissait le même poids pour les bouts de pain pesés, avec à la manipulation, tous les prisonniers à tour de rôle.

(Page 116)

C’est ici qu’on mentionne pour la bonne forme, qu’il était strictement interdit de conserver durant la nuit des aliments, afin d’éviter toute tentative de vol par les camarades.
Le dimanche 9 décembre, 2ème dimanche de l’Avent, il y a eu les premières gelées sur la Côte Basque;
Il est à signaler que nous étions tous frigorifiés, puisque nous ne possédions pas de vêtements supplémentaires pour nous protéger contre les températures en baisse.

Vendredi le 14 décembre fut pour moi, un jour très spécial. Je recevais pour la première fois du courrier ( voir Annexe 3-Q) .
Depuis presque un an je n’avais plus rien su de ma mère. Finalement je savais qu’elle était encore en vie. Le courrier pour les prisonniers de guerre était rigoureusement organisé. Il y avait des cartes et lettres pré imprimées pour les prisonniers ; les mêmes pour les parents.
Elles étaient contingentées : 2 envois par mois, et cela de chaque côté.
Il ne faut pas oublier: tout courrier pour les prisonniers était contrôlé, et marqué du tampon « Contrôlé ». On ne pouvait donc pas tout écrire, et tout ce qui était écrit côté maison ne passait pas.
Quand plus tard des paquets arrivaient à mon adresse je devais constater que le contenu n’était pas toujours juste. Il m’arrivait aussi qu’un paquet annoncé n’arrive jamais.
Comme ma mère avait numéroté toutes les lettres qu’elle m’adressait, je pouvais également constater, que l’une ou l’autre lettre qu’elle m’avait envoyée ou que j’avais envoyée à la maison ne passait pas.
Rien de spécial à signaler pour les 3ème et 4ème. Dimanches de l’Avent. Sauf le fait que nous étions en train de préparer quelque chose de spécial pour la Fête de Noël.
En ce temps, un camarade jouait un rôle particulier. Il s’appelait Walter Steger, il était dans le civil professeur de lycée très qualifié; il s’apprêtait à écrire des textes et même à mettre en place le scénario du Premier Noël en tant que prisonniers.
Lundi le 24 Décembre approchait. Nous étions en pleine préparation pour la Fête du soir. Franklin Volk peignait sur 2 supports en béton qui se trouvaient dans notre hébergement des tableaux, inspirés par son écrivain favori Christian Morgenstern .
D’autres fixaient une grande couronne d’Avent.
Pour moi c’était un événement spécial. A part le fait que j’avais quelques francs en poche, le résultat de vente de mon tabac. Egalement d’autres camarades avaient à leur disposition des petites sommes d’argent.

(Page 117)


Je demandais au chef de camp Hitce, s’il m’autorisait à aller acheter du pain pour le soir de Noël chez le boulanger du village tout près.
Il a été de suite d’accord, et la nuit tombée il venait avec moi, lui bien sûr avec le fusil sur l’épaule, moi une grande couverture en laine sous les bras, voir le boulanger le plus proche, il y avait toujours un bon kilomètre de distance avec sa boulangerie. Nous nous introduisions par les portes derrières dans l’atelier qui était dans le noir, et là j’achetais du pain tant que je pouvais, jusqu’au moment où il ne me reste plus de sous.
La couverture remplie de pains portée comme un sac sur le dos je retournais avec Hitce dans le camp « Golf » .
Après avoir distribué tout à part égal un de nos camarades se distinguait avant même le début de la vrai Fête .Il s’agissait de Franz Kressierer de Landshut ( Bavière) , un géant , qui avait toujours faim , et qui commença aussitôt à dévorer ses 9 livres de pain non-stop .
Parlons de la Fête même .Mon ami Karl Möhl , le cuistot du camp, avait commencé il y a des semaines de détourner et entasser des petites quantités pour nous préparer un Menu de Noël .Notre chef de camp allemand Werner Leithoff ( de Halle) ouvrait la Fête de Noël par un discours et suivaient des déclamations de Walter Steger , enrichie par des Chants en chœur et la « Fidelitas » qui suivait .( voir Journal intime Pages 12 à 15) .

Le jour de Noël, le mardi, il y eu du tonnerre et une forte pluie, et nous avons eu notre propre messe dans le camp.
Pour cela nous avons vidé et aménagé une pièce de la réserve.
Une table servait d’autel.
Le religieux français a apporté un tissu, des bougies et une croix et il a commencé à lire la messe à laquelle nous tous, toute confession confondue, étions conviés.
Nous ne comprenions rien, mais en frappant fort dans ses mains et parfois avec un regard plein de reproches il nous indiquait quand il fallait se lever et quand s’asseoir .
Malgré tout nous vivions avec gratitude la fête de Noël chrétienne qui nous était apportée de l’autre côte des fils barbelés.
Le 2ème jour de Noël n’était plus un jour de fête pour nous.
C’était un jour pour faire de Grand Ménage ; et cela aussi il fallait le faire.

(Page 118)


Lundi  31 décembre 1945 était le jour de la St Sylvestre. Ce jour pouvait-il être une fête de joie pour nous ? Nous recevions une ration de nourriture en plus et ça s’arrêtait là.
Celui qui ne dormait pas encore à minuit, pouvait se consoler avec 2 petites bouteilles de bière.
Alors à la vôtre .


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( Traduction Hubert Dekkers  Mai 2012)