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TEMOIGNAGE DE HORST FUSSHÖLLER
- Rheinallee 50 - D. 56154  BOPPARD
 (ancien prisonnier de guerre du camp 1102 Rennais)

Saint-Perdon

Page 10

Horst Fusshöller PGA

Ed:04/06/12

Extraits du livre "Errinnern ohne Groll" de Horst Fusshöller "(Sans ressentiment)

 

Comment nous fûmes faits prisonniers| La première nuit de captivité | St Pierre de Trèves | Stenay | Le camp de Rennes | Le camp"kaiser" | Le troc | Offre d'emploi | Les corvées | Détachement au magasin de ravitaillement |Les punitions | La faim | La fin de la guerre | Le camp sous administration française | Matricule 548269 | "La ration famine" | L'aide de la Croix rouge Internationale | Polo | Son passage dans un commando de déminage à Hourtin  | 1946 | Socoa | Sainte-Barbe | Hourtin-Plage | St-Perdon

 

(Traduction Hubert Dekkers Mai 2012)

 

Saint-Perdon (Pages 143 à 148)

Jeudi  20 mars je suis attaché à un nouveau commando :

Nous prenons la route sur des camions vers le sud en direction de Cap-Breton.

Notre joie était prématurée car il s’agit d’un intervalle.

Il s’agit d’une petite ville, au bord de la mer, à quelques 28 kilomètres au nord d’Anglet , où j’étais déjà de 1945 à 1946 dans le camp « Golf ».

Le lendemain 21 le voyage continuait en direction de Mont de Marsan. Ici nous attendait une nouvelle intervention : il ne s’agit pas de déminage du terrain, mais de débarrasser l’aérodrome locale des obus dispersés et ensuite les désamorcer.

C’est d’ailleurs la même action que notre commando adjoint  devait exécuter à Soulac et au Verdon .

Nous ne trouvions pas à nous loger à Mont de Marsan, mais dans un petit village qui portait le nom de St-Perdon . Nous étions tout près de l’aéroport.

Nous étions internés (puisque nous n’étions qu’une trentaine de personnes) dans une grande maison, qui, avant, appartenait probablement à un fermier  fortuné.

La maison se situait dans un très joli parc.

Dans le village de St-Perdon il y avait une centaine d'habitants qui vivaient de l’agriculture et d’élevage. Comme activité accessoire on gavait des oies, pour vendre ensuite le foie d’oie  aux  magasins d’épicerie fine.

Mon apprentissage  de la langue française comme autodidacte commençait  être payant: j’étais nommé interprète du camp !

Ce qui signifie que je ne participais plus directement au ramassage des obus et autres ferrailles à l’aérodrome.

Pendant ce temps j’étais assis à l’ombre et je lisais le journal « l’Humanité »  que le gardien français m’apportait amicalement  tous les jours, avec ce journal je continuais à progresser dans  mes études du français.

C était en quelque sorte une période sans soucis, et j’avais sous peu l’immense bonheur de faire connaissance avec une jeune fille française.

En face de la propriété où habitait notre commandement, il y avait une ferme  séparée de nous par une route de quelques mètres de large.

Dans cette ferme une petite fille, handicapée depuis sa naissance par une jambe raccourcie, gardait le bétail de ses parents. Un jour cette fille me passait par la clôture du pain ou autres comestibles ( heureusement le fil barbelé n’existait plus ici !)

Afin d’exclure tout risque pour la fille (et naturellement aussi pour moi) je me confiais à mon camarade Sepp Wallner de München.

A partir de maintenant il était au guet; et il organisait  un système de sécurité contre la détection, c’est à dire que nous formions avec d’autres camarades un réseau qui nous faisait savoir par sifflement ou autres signes quand le champ était libre ou également quand il avait risque de découverte par l’équipe de garde.

Ainsi ce  n’était pas seulement Sepp et moi mais également une partie des autres qui avait droit à un présent.

Cette fille s’appelait Odette B: je commençais à l’aimer de façon platonique.

Très vite des petits messages s’envolaient d’un côté à l’autre de la clôture. Pas compliqué à faire, si on enveloppait une pierre avec le message.

Alors que je pouvais accompagner le dimanche 23 mars  un petit groupe d’entre nous pour la première fois à la messe dans l’église de village, nous étions remarqués de façon positive par le Curé. Après la messe il m’interceptait en tant qu’interprète et me priait de dire aux camarades, qu’ils recevraient  l’absolution générale  à la fête de Pâques qui arrivait sous peu  pour qu’ils puissent ensuite recevoir la Communion Sacrée.

J’informais mes camarades de ce message, mais également  du prêche du curé qui  se plaignait fortement du fait qu’à la collecte de la semaine précédente se trouvait dans la bourse à quêter au milieu de l’argent collecté les roues d’un petit train d’enfant !

Quand j’allais à la messe dimanche le 30, jour des Rameaux  avec un petit groupe de prisonniers  je constatais pendant la collecte des choses toutes nouvelles.

L’enfant de chœur passait comme d’habitude sa bourse d’un banc à l’autre mais Monsieur le curé l’accompagnait les bras croisés la mine grise, pour être sûr que des objets sans valeur, comme de temps en temps des boutons étaient mis dans cette bourse.

Après la messe Monsieur le curé me demandait de venir et me disait qu’il avait à nouveau réfléchi.

Il me dit qu’il n’y aurait pas d’absolution générale et il me demande de m’engager comme interprète pour la confession.

Une toute nouvelle situation : je n’avais pas de choix que de prendre la parole pendant l’appel matinal et faire connaître cette forme de confession désirée par Monsieur le curé.

A l’heure fixée j’apparais, maintenant avec un groupe  très réduit dans la sacristie de la petite église du village .

On a prévu 3 chaises.

J’étais assis au milieu : à ma gauche l’abbé Planté ; à ma droite celui qui était « à la recherche de l’absolution de ses péchés».

Bien plus tard je parlais avec un religieux catholique de mon rôle d’interprète; il m’informa que les confessions dans cette forme étaient bien curieuses, mais valables malgré tout.

Sans rompre le secret de confession  je me permets de dire, que personne n’avait péché contre le 6ème commandement  (aidé probablement par le manque d’occasions et la nourriture rare ) .

Ma tentative de faire enregistrer dans le livre Guinness des records mon rôle unique d’interprète échouait  pour la simple raison que l’édition le considérait dans une lettre réponse comme une curiosité et non pas comme un  record .

A St-Perdon je partageais la chambre avec 8 camarades et ainsi il se trouvait que le 1er avril , une journée pour faire des blagues, un débat judiciaire était organisé, arrangé par moi.

Nous avions à juger le cas de notre camarade Karl Engel de Kelsterbach, qui dans l’acte d’accusation était nommé «  escarol ».

Il y eut beaucoup de rires et on s’est beaucoup  amusé.

Aussi pour cette raison mon seul rôle d’interprète ne me suffisait plus et je voulais produire autre chose comme poète (ainsi une forme de petit poème pour Odette que j’adorais).

J’ai reçu la facture 5 jours après : on me nommait non seulement « Maître des poètes » mais on me remettait la médaille  des Poètes en plus.

Elle était fabriquée à partir du fond d’une boîte de conserve et au milieu on a fixé une rosette en métal  qu’on avait démonté quelque part dans la maison.

Dimanche de Pâques  le 6 avril 1947, la deuxième fois que je fêtais Pâques en tant que prisonnier  nous étions de nouveau dans la petite église de village et nous recevions tous ceux qui étions catholiques  et nous étions confessés  la Communion sacrée .

Je recevais 5 lettres et un journal de Boppard (ville de l’auteur NDT) ainsi qu’un colis de nourriture de la part de la famille Roché de Paris .

Il m’est important d’ajouter ici: recevoir de la part d’une famille française un paquet et recevoir d’une fille française presque quotidiennement quelque chose à manger en passant par la clôture n’était pas seulement un bonheur pour le ventre et le palais. Ressentir qu’on était encore ( en plus par des personnes d’un « pays ennemi ») considéré comme un être humain, qu’on n’était pas vu comme  le  «sale boche», provoquait en moi une reconnaissance heureuse .

Mais il se passa un événement qui nous rappela d’être plus prudents.

Un des gardiens français, qui était en soi en bon rapport avec nous, avait une maîtresse qui ne se gênait pas de manipuler son amoureux sous les yeux des prisonniers.

Elle était méprisée par tout le camp, de tous les prisonniers, comme une cochonne .

Elle devait avoir constaté et enregistré mes contacts et ceux de Sepp, vraiment  anodins ;

Elle cherchait une revanche, elle est allé voir son amoureux et diffamait  sur moi et Odette .

Immédiatement, le garde traversait la rue et pénétrait dans la propriété de la Famille B.  où Odette gardait le bétail comme d’habitude.

Il y eut une discussion bruyante  et avec ce que nous avons compris il aurait prononcé des menaces envers Odette .

Elle n’était pas tombée ni sur la tête ni sur la bouche .

Le gardien  fermait par contre très vite sa gueule; je suppose qu’Odette ripostait sachant que son frère aîné avait été membre du  maquis, arrêté par les troupes allemandes mais libéré par d’autres camarades de maquis, alors que se préparait son exécution.

Tout le mois d’avril  nous travaillons donc autour de l’aérodrome de Mont-de-Marsan .

Comme nous n’avions rien à voir ici avec le déminage, on appelait notre travail ici « déobusage », ce qui signifie « enlever les obus »  .

Il s’agit de travaux sans grand danger mais ils avaient une importance spéciale pour nos gardiens et supérieurs français pour justifier leur fonction par la présentation  concluante  où ils devaient surveiller un travail que des gros risques imposaient .

Nos supérieurs et gardiens étaient déjà bien rémunérés, les indemnités de risques représentaient pour eux « le sel de  la soupe » .

Pour nous prisonniers cela nous était complètement égal si nos gardiens touchaient des primes de risques avec raison ou non .

Nous avions nos propres soucis et pas les mêmes .

Jeudi 1er mai  était de nouveau un jour férié.

Encore quelques jours, et nous devrions de nouveau changer de place .

Mais avant il se donnait l’occasion pour qu’une amie d’ Odette  fasse une photo de nous devant le camp .

La photo montre Odette avec moi et mon ami Sepp Wallner .

Vendredi  9 mai dans la matinée tout le camp devrait se présenter à l’appel, et on nous informait brièvement que les travaux de désobusage étaient finis  et que l’évacuation par camion  aurait lieu le lendemain 10 mai.

Après que j’ai eu terminé de traduire, le commandant français  vient vers moi, m’observe et me dit : «Vous pouvez aller maintenant voir la Mademoiselle en face et lui dire au revoir » .

J’étais d’abord bouche bée, je me sentais frappé par la foudre; j’avais toujours cru  que le commandant français n’avait pas appris les  gentillesses d’Odette.

Je craignais alors un piège  et supposais qu’on cherchait la preuve afin de punir Odette. ( il faut savoir qu’il était formellement interdit et donc considéré comme acte criminel de fournir des aliments  par les citoyens français aux prisonniers allemands).

Je déclarais donc auFfrançais que je n’irai pas la voir, puisque la demoiselle était  exposée à une punition . Le chef de camp niait cela mais je ne lâchais pas.

Je lui dis que je quitterais le camp pour dire au revoir seulement après sa parole d’honneur personnelle. Il me la donnait  et je quittais le parc sous les regards de tous, en passant le grand portail en fer forgé et marchais pour la première fois dans le pré sur lequel ce jour-là Odette s’était installée tout près da la maison paternelle pour garder le bétail.

Elle était très calme quand je lui expliquais comment il m’était possible de quitter libre le parc devant le camp au grand complet et de lui dire au revoir.

Avec beaucoup d’émotion je lui exprimais mes remerciements, prenait sa main et lui promettais que je me représenterais à elle, dès mon retour chez moi .

Tout cela n’a pas duré plus de 5 minutes ; et j’étais déjà de retour parmi mes camarades.

Ce jour-là il n’y avait plus de travail pour nous sauf  emballer nos affaires.

2 ans après l’arrestation comme prisonnier de guerre chacun de nous avait collationné finalement ses propres affaires, peu importe les valises fabriquées avec des planches  en bois ou les sacs confectionnés avec des restes de tentes américaines.

Il n’y avait pas toujours de restes mais déjà à Rennes on avait découpé des bouts de tissus en forme de pointe aux endroits peu visibles des tentes.

Nous étions dans l’euphorie du départ .

La question qui se posait : où va-t-on atterrir cette fois-ci ?

Nous regrettions un peu la séparation.

Nous avions appris à  aimer le parc et nous n’entendrions plus dans le futur  le coassement des grenouilles.

Comme dans chaque camp de déminage j’avais reçu un certificat pour le déminage- désobusage  ou bien, je m’étais fabriqué et même soussigné.

Ici on me refusait de me donner un certificat et on me signalait que ce document me serait fourni au prochain campement .

 

Nous étions le samedi 10 mai : nous étions chargés sur des camions et transportés vers le nord .

Au moment du départ je pouvais une dernière fois faire signe à Odette .

Elle était de nouveau assise sur le pré de son père avec ses animaux .

MERCI Odette !

 

Notre prochaine station était Soulac-sur- Mer.


 

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( Traduction Hubert Dekkers  Mai 2012)